Comité de liaison (CLAN-R)

Les Disparus- Intervention de Marc LAFFINEUR ( SEDAC) le 28 février 2012

samedi 7 décembre 2013

(Quai Branly le 28 février 2012 : Inscription de 1585 noms de Civils Disparus, sur les colonnes du Mémorial )

Mesdames et messieurs les parlementaires, Monsieur le président de la Mission interministérielle aux rapatriés, Mon général, Mesdames et messieurs les présidents de fondations et d’associations, Mesdames, messieurs,

J’ai tenu à vous réunir aujourd’hui pour rendre hommage aux victimes civiles et aux disparus d’Afrique du nord. Ils furent des milliers à périr d’un conflit fratricide, durant la guerre d’Algérie comme au lendemain des accords d’Evian. Ils méritent que l’on se souvienne de leur martyre, eux qui avaient pour seul tort d’aimer le pays où ils avaient fait leur vie.

Cet hommage s’adresse à chacune des victimes civiles, quelle que fût leur origine, leur religion. Car nous savons, hélas !, que le drame algérien frappa toutes les communautés, d’origine européenne ou d’Afrique du nord. Combien d’hommes et de femmes disparurent à jamais ? Nul ne sait précisément quel sort leur fut réservé. Une seule certitude : leurs bourreaux s’en prirent à eux pour ce qu’ils représentaient et non pour ce qu’ils étaient. Ils en firent des boucs-émissaires en raison-même de leur innocence.

Aussi leurs noms devaient-ils rejoindre ceux des victimes de la rue d’Isly, tuées à Alger le 26 mars 1962, sur la colonne centrale de ce mémorial. Je m’étais engagé auprès de vous à ce qu’ils y soient inscrits d’ici la fin du mois de février : nous sommes le 28 et c’est désormais chose faite. C’est donc avec une émotion particulière que nous honorons aujourd’hui leur mémoire.


Il aura fallu un important travail de recoupement pour établir la liste des disparus. Ce travail a été conduit, deux années durant, par la Mission interministérielle aux rapatriés, avec le soutien de la Direction de la mémoire, du patrimoine et des archives du ministère de la Défense. Les recherches ont en outre été coordonnées par un groupe de travail, auquel participaient activement des responsables d’associations de rapatriés.

Vous êtes nombreux, ici, à vous être investis dans ce travail : je tenais à vous remercier, vous ainsi que tous ceux qui ont permis que les noms des disparus défilent aujourd’hui devant nous. C’est un geste fort, un geste d’hommage et de reconnaissance, qui nous tenait à cœur et que vous avez rendu possible. Par votre engagement, par votre professionnalisme, vous avez contribué à la dignité de notre mémoire collective.

Il y va de notre responsabilité à tous : les blessures héritées de ces pages tragiques sont encore vives. La concurrence des mémoires continue, hélas, de raviver les souffrances, les rancœurs et parfois les haines.

Nous ne pouvons pas tolérer que la mémoire divise. La mémoire est le socle de notre Nation, elle doit au contraire rassembler, unifier autour de valeurs et d’aspirations communes.

C’est pourquoi le 5 décembre a été choisi comme journée nationale d’hommage aux morts pour la France pendant la guerre d’Algérie, les combats du Maroc et de la Tunisie : cette date n’offense personne, elle ne blesse la mémoire de personne, et rassemble dans un même hommage national toutes les victimes militaires et civiles.

C’est aussi pourquoi nous veillerons, en cette année anniversaire de la fin de la guerre d’Algérie, à ce que l’évocation des événements soit la plus équilibrée possible, afin qu’aucune mémoire ne se sente lésée.

Le drame des disparus, comme le massacre de dizaines de milliers de harkis et de civils innocents dans les mois qui suivirent les accords d’Evian, exigent le respect de chacun d’entre nous. Il s’agit là d’un devoir républicain, et il n’est pas de mémoire digne qui ne regarde en face les pages sombres de l’Histoire.


C’est dans ce même esprit que nous avons soutenu la proposition de loi du sénateur COUDERC, qui permet de sanctionner pénalement les insultes à l’encontre des anciens membres de formations supplétives. Je tenais à le rappeler, car cette loi a été adoptée [pas plus tard qu’] hier, après un vote conforme du Sénat. Elle a vocation à protéger toutes les anciens supplétifs des diffamations dont ils pourraient être victimes. Elle participe pleinement de notre devoir à l’égard de ces hommes et de ces femmes, vulnérables en raison-même de leur engagement pour notre pays.

Les disparus que nous honorons aujourd’hui servaient aussi la France. Ils la servaient à leur manière, sur ce sol algérien qu’ils chérissaient tant. Ils la servaient en construisant ponts, routes, écoles et hôpitaux, ils la servaient en œuvrant humblement, modestement, pour gagner et construire leur vie. Ils étaient sincères dans leur engagement envers la France, sur le sol algérien. Nous ne devons pas oublier ce qu’ils ont apporté à notre pays.

Nous ne devons pas oublier non plus ce qu’ils ont sacrifié à la France, eux ou leurs parents, en rejoignant les rangs de l’armée B du maréchal de LATTRE. Non, l’immense majorité des pieds-noirs ne se sont pas impunément enrichis sur le dos des Algériens, ils ont simplement fait leur devoir, avec une fidélité et une dignité qui nous honorent.

Leur histoire est notre histoire, une histoire écrite au prix du sang. Cela oblige chacun d’entre nous. Aussi, je continuerai l’action mémorielle entreprise. Il est un projet, je le sais, qui vous tient particulièrement à cœur : c’est la construction d’un monument d’hommage aux Français d’Afrique du nord morts pour la France.

J’avais demandé au président de la Mission interministérielle aux rapatriés de me communiquer des noms pour compléter le groupe de travail en charge du dossier ; ce groupe de travail enrichi se réunit sous ma présidence le 6 mars prochain pour un premier point d’étape. Nous vous présenterons bientôt, j’en suis certain, des avancées décisives sur ce projet fédérateur.

Mesdames, messieurs,

Il n’est pas d’effort superflu, ni d’énergie gaspillée lorsqu’il y va de la mémoire. C’est le premier respect que nous devons à ceux qui ne sont plus là pour se raconter. C’est le premier respect que nous devons à ceux qui seront à jamais meurtris dans leur chair et dans leur cœur.


Aujourd’hui, les disparus de la guerre d’Algérie ont retrouvé la place qui leur revient dans notre mémoire collective. Ce monument où leurs noms s’égrènent désormais est une invitation à l’hommage, pour que chacun se rappelle ce que fut leur martyre, et ce que fut la souffrance et le deuil de leur famille.

Aujourd’hui, à travers eux, nous nous recueillons au souvenir de toutes les victimes civiles de la guerre d’Algérie, des combats du Maroc et de la Tunisie. Elles payèrent de leur vie le prix des incompréhensions et des malentendus, qui inéluctablement mènent à la violence et à la haine.

Aussi, plus que jamais, nous devons œuvrer pour l’avènement d’une mémoire apaisée et partagée : c’est le plus bel hommage que nous puissions leur rendre.

Je vous remercie.


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