Comité de liaison (CLAN-R)

Que Sont Mes Amis Devenus... G. de Ternant

dimanche 27 octobre 2013

Il y a ici ou là, parfois, une musique ou un texte qui vous cloue le cœur, et embrume les yeux. C’est le talent de Madame de Ternant, si proche de nous.

Mais ce n’est pas qu’un texte, c’est aussi un miroir qui renvoie les images de notre vie, de ceux qui nous ont accompagnés, pleins d’espoir en la Justice de notre Pays, et qui ont lâché notre main, vaincus par la tristesse.

Il renvoie aussi notre image, les cheveux peut-être plus blancs ou rares, mais la volonté mêlée de colère qui n’empêchera pas malgré nous, une larme, mal retenue, de couler...F.P.

QUE SONT MES AMIS DEVENUS...
Que sont mes amis devenus...

Oui, « Que sont mes amis devenus/ que j’avais de si près tenus/ Et tant aimés... » La complainte de Rutebeuf pleure dans mon cœur...

Il en est de chacun ainsi, lorsqu’au soir de la vie on caresse le souvenir de ce qui fut et qui passa si vite. Alors, on essaie de retenir des bribes échappées à l’oubli et on interroge ceux qui sont encore là de la génération qui nous a fait vivre la même minuscule portion de l’histoire et on s’aperçoit que les mêmes faits n’ont pas laissé la même trace pour chacun.

Il est donc d’autant plus important que ces tesselles disparates soient posées, tout près les unes des autres pour refaire la mosaïque. I y a des trous ? Tant pis ! Il y a des couleurs discordantes ? Tant pis ! Car notre mosaïque n’est pas figée, elle est juste un moment de l’histoire millénaire, peut-être même encore plus fragile, une simple photo déjà jaunie.

Ceux qui viennent après nous pourront la détruire, la déchirer ou bien la regarder avec tendresse. Ce ne sera plus à nous de la défendre. Il suffit que nous ayons construit la mosaïque, pris la photo...

Depuis plus de cinquante ans, des hommes et des femmes ont consacré de l’énergie pour chercher à comprendre, du temps pour écrire, des jours et des nuits, inlassablement, alors que la vie était prégnante, difficile. Les enfants à élever, les parents à réconforter, le quotidien à assumer financièrement et moralement.

La vie était là, tentante. Le soleil, la plage... Oublier ! Oublier ! Le cinéma, le théâtre, viens, oublie ! Et pire encore : Tourne la page, déchire-là, oublie ! Vis aujourd’hui ! Carpe diem...

Et nous, tenaces, la tête dans nos livres, dans nos papiers, dans nos archives familiales, puisque nous n’en avions pas d’autres ; nous, avec nos questions, inlassablement, tenaces, opiniâtres, Raconte, raconte, dis ce que tu as vu, ce que tu as vécu, dis ce que tes parents, tes amis, t’ont raconté ; écris, écris...

Camus a écrit : « Un homme ça s’empêche ! » et on s’est empêché, on n’a pas cédé à la facilité.

Et oui, la vie a passé, vite, trop vite, et nos amis s’en sont allés avec le poids des expériences que nous voulions leur arracher, que nous avons parfois réussi à leur arracher, non pour décharger leurs épaules, c’était impossible, mais pour étayer notre propre chargement, pour pouvoir dire, écrire, encore et encore de jour et de nuit, tenaces, inlassables et fiers !
Oh ! Pas d’orgueil ! Mais fiers de nous insérer dans la lignée de ceux qui n’ont pas renié, pas fléchi ; de ceux qui par delà les divergences naturelles dues à leur enfance, à leur éducation, se sont reconnus frères.

Bien sûr, on s’est disputé, on s’est engueulé, on s’en est dit de toutes les couleurs. C’est comme ça dans une famille et ce n’est ni habile, ni constructif, mais c’était inévitable.

Mais frères loyaux dans la quête de vérité, dans la défense de notre mémoire, de notre honneur d’homme, de notre visage dans le miroir de Dieu.

Geneviève de Ternant
Octobre 2013


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