Comité de liaison (CLAN-R)

GILLES BONNIER-DES MORTS POUR LA FRANCE OUBLIES DEPUIS 50 ANS

samedi 9 novembre 2013

A la veille des célébrations du centenaire de la 1ère guerre mondiale et du 70ème anniversaire de la Libération de la France en 1944, les Morts pour la France, tombés lors des deux dernières guerres mondiales et originaires des anciens pays d’Outre-mer sous tutelle ou souveraineté française n’ont pas leurs noms sur des monuments aux morts en France depuis les indépendances.

En particulier, s’agissant de l’Algérie, département français pendant plus de 100 ans jusqu’en 1962, les noms de ces dizaines de milliers soldats figuraient sur les monuments aux morts de leur commune, et ils étaient donc régulièrement honorés. A partir de 1962, si certains monuments furent déplacés partiellement et accueillis par des communes de France, la plupart d’entre eux furent détruits ou profanés comme celui d’Alger, magnifique symbole du sacrifice de ces hommes de toutes origines. En outre, les sépultures des soldats – comme celles des civils - furent souvent dégradées ou profanées dans les anciens cimetières chrétiens et juifs d’Algérie, dont une partie a même totalement disparu.

Depuis 50 ans les autorités civiles et militaires françaises, lors des cérémonies de commémoration des deux guerres mondiales, ne rendent donc plus hommage à ces 70 000 soldats faute de monument en France, sur lequel leurs noms seraient inscrits. Et ce, alors qu’ils sont pourtant identifiés dans le site Mémoire des Hommes du ministère de la Défense, par des fiches individuelles « Mort pour la France ».

Pour la guerre d’Algérie, les Morts pour la France issus de l’AFN sont nommément cités et honorés au Mémorial national du quai Branly avec les autres combattants. De même, pour la guerre d’Indochine, les Morts pour la France issus de l’AFN sont en partie inscrits et honorés au Mémorial national de Fréjus avec leurs frères d’armes.

Les noms des soldats de l’Outre-mer de l’époque, tombés en 14-18 ou en 39-45, devraient donc également et légitimement figurer sur un monument aux Morts national en France.

C’est un devoir moral si l’on ne veut pas maintenir indéfiniment cet oubli indigne. Y-aurait-t-il deux catégories de Morts pour la France ? Ceux auxquels on rend hommage et ceux que l’on oublie depuis 50 ans, et pour toujours, si aucun monument n’est érigé à leur mémoire ?

Le Comité de Liaison des Associations Nationales de Rapatriés (CLAN R) propose depuis une dizaine d’années, avec le soutien des associations de Rapatriés, d’édifier à Paris un monument commémoratif sur lequel seraient inscrits les noms des Morts pour la France issus des territoires sous souveraineté ou tutelle de la France avant les indépendances. Ce projet avait reçu un bon accueil en 2010-2011 du ministre en charge des Anciens Combattants, mais il semble qu’il ne soit plus à l’ordre du jour.


Par ailleurs, en parallèle, les Pouvoirs Publics, les historiens, les media, l’Education nationale, dans leur travail de mémoire ou d’Histoire, rendent maintenant régulièrement hommage aux soldats « indigènes » et rappellent leur sacrifice. Ce n’est bien sûr que justice. Cependant, dans une perspective dite contemporaine, ils assimilent souvent ces soldats de l’ancien Empire français aux ressortissants des Etats nés des indépendances des années 50 et 60, au point même de considérer ou de laisser penser que ces soldats se sont battus pour aider la France sous le drapeau des pays actuels. Ce qui donne, par exemple, pour la Grande Guerre, 72 pays considérés comme belligérants...

Ce parti pris - par souci de simplification ou pour d’autres considérations plus contestables - conduit souvent ces passeurs de mémoire à tomber dans le piège de l’anachronisme voire de la déformation historique, en oubliant - ou occultant - les soldats et les Morts pour la France, d’origine européenne, issus de l’ancien Empire ou des départements français, comme ceux de l’Algérie de l’époque : en particulier les Pieds-noirs, qui représentent la plus grande partie de ces Français installés Outre-mer sur plusieurs générations, et qui ont, avant et pendant les deux guerres mondiales, payé régulièrement et loyalement un lourd tribut à la défense et à la libération de la France. Leur engagement et leur sacrifice au sein des régiments de l’ancienne Armée d’Afrique puis de la 1ère Armée française ont d’ailleurs été largement reconnus par nos Alliés et par leurs frères d’arme métropolitains.

Pourquoi ignorer ou briser aujourd’hui la fraternité des armes à laquelle ces combattants de toutes origines étaient si attachés ?

On ne saurait accepter une telle hémiplégie historique et mémorielle. La réalité ne doit pas être occultée ainsi, quand bien même devrait-elle déranger des idées reçues ou heurter certains orgueils nationaux mal placés.

Il est impératif en cette année 2014, année de commémoration du début de la Grande Guerre ainsi que du Débarquement de Provence et de la Libération de la France, de rendre justice à ces dizaines de milliers de soldats oubliés, qui ont pourtant combattu aux côtés de leurs frères d’armes sur les même théâtres d’opération et dont nombre d’entre eux ont donné leur vie pour la France.

Gilles Bonnier
9 novembre 2013


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