Comité de liaison (CLAN-R)

Honneur au Capitaine Rabah KHELIF

lundi 9 février 2026

Honneur au Capitaine Rabah KHELIF

Le capitaine Rabah Kheliff est né le 15 janvier 1933 en Kabylie à Rébeval et est décédé à Lyon le 3 novembre 2003.

Fils d’officier, il est élève à l’école des enfants de troupe de Kolea/Miliana. Il s’engage à 18 ans et, jeune sergent, part en Indochine début 1953. Parachuté sur le camp retranché de Diên Biên Phu, il sert au 5/7e RTA. À la chute du camp, il est blessé et fait prisonnier, comme plusieurs milliers de soldats. Porté disparu pendant près de 5 mois, il est retrouvé par la Croix-Rouge dans un état critique et rapatrié en France fin novembre 1954.

Il rejoint ensuite l’Algérie où, malgré les séquelles de l’Indochine, il sert jusqu’en 1962, et notamment à partir de 1961, comme lieutenant commandant adjoint d’une compagnie au 30e Bataillon de Chasseurs Portés.

Au moment de l’indépendance, il se distingue par son courage le 5 juillet 1962 à Oran, lors d’une tuerie faisant plusieurs centaines de victimes civiles. La population européenne fut principalement visée, ainsi que des civils musulmans engagés aux côtés de la France.

Pourchassées, enlevées et assassinées, les victimes furent livrées à la violence d’une foule haineuse et de miliciens, tandis que les soldats français, pourtant nombreux à Oran, reçurent l’ordre de ne pas intervenir.

Informé de ce massacre en cours, le lieutenant Kheliff décide, malgré les ordres, de rejoindre la préfecture avec une partie de sa Compagnie, car " Il y avait là une section de l’ALN, des camions et des colonnes de femmes, d’enfants et de vieillards dont je ne voyais pas le bout."

Plusieurs centaines, en colonnes par trois ou quatre, qui attendaient là avant de se faire zigouiller […] ». Sous la menace des armes mais sans faire couler le sang, il obtient du nouveau préfet la libération de plusieurs centaines de ces civils retenus prisonniers et voués à une mort horrible. Il organise ensuite des patrouilles pour protéger d’autres civils menacés car dans toute la ville «  on les embarquait dans des camions, on les emmenait vers ce que l’on appelait les petits lacs » où ils étaient sauvagement assassinés puis jetés dans les eaux.

Seuls trois autres officiers français, comme lui, hommes d’honneur et de courage, ont pris, ce jour-là, le risque d’enfreindre les ordres de non-intervention : le capitaine Croguennec, le capitaine Gillis et le sous-lieutenant Doly-Linaudière.

Le lieutenant Kheliff est mis aux arrêts de rigueur, mais le colonel commandant un sous-secteur d’Oran lui rend hommage : « Calme, énergique et discipliné, a fait preuve des plus belles qualités de chef et d’homme en s’exposant pour sauver plusieurs Européens dont la vie était menacée… gardant un remarquable sang-froid, il a contribué à rétablir le calme sans effusion de sang. » Il sera ramené d’urgence en France pour lui éviter des représailles.

En 1967, il quitte l’armée pour raisons de santé et consacre sa vie à la défense des soldats de l’armée d’Afrique et des Harkis. Fondateur et président de l’Union Nationale des Anciens Combattants Français-Musulmans (UNACFM) jusqu’en 2003, il obtient la reconnaissance de leurs droits et statuts. Très engagé dans la vie associative lyonnaise, il œuvre pour la mémoire combattante et l’intégration de ses frères exilés en France métropolitaine et de leurs familles.

En 2001, Promu au grade de Commandeur de la Légion d’honneur , il est décoré par le Président jacques Chirac aux Invalides le 25 septembre 2001. Il est également Commandeur de l’Ordre national du Mérite. Il restera fidèle à ses convictions jusqu’à sa mort, en contribuant notamment à la création de la cérémonie nationale d’hommage aux Harkis du 25 septembre


Le Monument aux Morts d’Oran en partie déplacé en 1968 à la Duchère à Lyon, lieu de la cérémonie annuelle d’Hommage National aux Harkis chaque 25 septembre.

Comme l’a déclaré son ami de longue date, le colonel Abd-El-Aziz Meliani en 2007, lors de l’inauguration d’une plaque à Villeurbanne à la mémoire de Rabah Kheliff : «  Grand patriote, ardent défenseur de la cause des Combattants Français Musulmans, Républicain passionné et homme de Foi, Rabah KHELIFF nous a légué un héritage inestimable. Il nous a tracé une voie : celle de l’Honneur, de la Fraternité et du Vivre Ensemble Républicain. Le capitaine Rabah KHELIFF restera à jamais dans nos mémoires. »

Gilles Bonnier


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