Comité de liaison (CLAN-R)

René Mayer- Les Pieds-noirs et la bombe H

mardi 20 novembre 2012

Dans l’équipe, chacun y allait de ses propositions. En avril 1967, Michel Carayol émit l’idée que, pour opérer la compression désirée, on pouvait utiliser les rayons X. Luc Dagens soutint la proposition de son collaborateur. Mais, sur le moment, celle-ci ne fut pas retenue.

Pourtant, quelque temps plus tard, un encouragement vint conforter nos deux compères. Au lendemain de chaque essai nucléaire français, de curieuses lettres anonymes parvenaient au CEA. Elles émanaient manifestement d’un physicien compétent. Bien renseigné, ce mystérieux correspondant semblait même disposer d’un accès privilégié aux résultats d’analyse des retombées atmosphériques auxquelles ne manquaient pas de se livrer, après chaque explosion, les Américains, les Russes ou les Britanniques dont quelques navires de guerre traînaient négligemment à proximité des atolls où la France pratiquait ses expériences.

Aujourd’hui, certains pensent savoir qui fut l’énigmatique auteur des lettres anonymes : on chuchote le nom d’un savant anglais, ennobli par la Reine : Sir William Cook. Il n’avait plus, en 1967, de position officielle et pouvait donc se considérer comme libéré de certaines obligations de discrétion. Peut-être agissait-il sur ordre de sa Majesté ou faisait-il partie de ces rares Anglais qui aiment la France et les Français ? On le saura (peut-être) un jour, lorsque toutes les archives seront accessibles.

Après chaque essai français, se livrant à une sorte de jeu étrange et dans un style non dépourvu du fameux humour british, le mystérieux correspondant distribuait des notes : Mais non, c’est froid ! Pas par là ! Vous faites erreur ! Chaud ! chaud ! Vous progressez ! Cherchez plus simple !

Ces lettres anonymes ne dévoilèrent rien de déterminant. Ce n’est pas elles qui indiquèrent aux Français ce qu’ils devaient faire. Sans leurs indications, on aurait de toute façon démarré l’étude, décidée début septembre, d’un engin selon le schéma de Carayol, à deux étages distincts et utilisant les rayons X, écrit Pierre Billaud (1) . Mais ces lettres constituèrent, pour l’équipe Dagens-Carayol, un précieux encouragement.

Le samedi 24 août 1968 à 19h 30 (heure de Paris), l’opération Canopus fut déclenchée. La première bombe H française explosa au-dessus du lagon de l’atoll de Fangataufa, dans le Pacifique. Le 8 septembre, l’opération Procyon réitéra l’expérience et confirma la réussite. Il ne restait plus qu’à miniaturiser l’arme et à la "blinder" pour la rendre apte à franchir les défenses ennemies, puis à la fabriquer en plusieurs centaines d’exemplaires.

Par la suite, Michel Carayol travailla sur l’arme laser.

(1) ancien élève de l’Ecole polytechnique (X 29), Pierre Billaud a intégré en 1955 le Bureau des études générales du CEA, cellule chargée de préparer l’arme atomique. Il est ensuite devenu l’adjoint du directeur des Applications militaires du CEA, puis a pris, en 1962, la direction du Centre de recherche du CEA à Limeil – Cf -La Véridique Histoire de la bombe H française, La Pensée universelle, 1994.


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