Comité de liaison (CLAN-R)

GERARD ROSENZWEIG : Algérianisme

samedi 6 mars 2010

Ce nom générique est celui d’ un mouvement intellectuel et culturel qui est né à Alger, au sein de la communauté française, et dans la première moitié du vingtième siècle.

Algérie. Ce nom devait connaître un riche et multiple destin. Assez rapidement, sa population civile d’ origine française et européenne commença de s’ étoffer par de modérés et réguliers apports extérieurs. Mais surtout lorsque quelques décennies après 1830 le nombre de ses naissances commença significativement de s’ élever, il se manifesta une progressive et discrète prise de conscience que l’ on pourrait aujourd’ hui qualifier d’ identitaire.

Si le "Qui étions-nous"’ n’ était pas un problème, le "Qui sommes-nous ?" devenait chaque jour plus préoccupant.

Du nom "Algérie" découla le vocable "Algérien".

... Ainsi se désignèrent eux-mêmes les habitants européens de ce nouveau pays. Français d’origine, Français par naturalisation, et maintenant Français de souche, ils engageaient sans le savoir la première quête, la première réflexion sur leur destin de Français d’ Algérie. Ce terme d’ Algérien n’ avait cependant aucune connotation politique, se déduisant simplement d’ une réalité géographique. Dès lors que se tournait définitivement une page personnelle souvent difficile et parfois douloureuse, et qu’ il y avait une vie à y construire, on se revendiqua Algériens en Algérie comme Alsaciens en Alsace.

Cette population se percevant comme profondément française, se concevait cependant et paradoxalement comme nouvelle, et presque sans passé. Il eut été difficile de faire plus contradictoire.

Ces nouveaux provinciaux étaient donc clairement Français. Tout en se ressentant Algériens. Car c’est ce terme optimiste et profondément révolutionnaire qui réunissait anciens Espagnols, anciens Italiens siciliens et sardes, anciens Maltais, Grecs et Levantins parfois, à l’ important groupe des Français de France. Sans oublier aussi et surtout l’ importante communauté israélite. Ses membres vivaient sur ce territoire depuis plusieurs siècles dans un difficile statut fait de soumission et d’infériorité.

Leur apport culturel et humain se révéla très rapidement d’ une immense et profonde qualité. Ils acquirent collectivement la qualité de citoyens français par le décret Crémieux en 1870. ................

C’ est ainsi qu’ au fil des décennies, cette société nouvelle ayant progressivement assuré ses nécessités vitales commença de voir apparaître les premiers fruits de son dynamisme et de sa vitalité. Elle se découvrit alors un nouveau besoin et un nouveau champ d’ action : le domaine culturel. Là aussi, tout était à découvrir, à imaginer et à inventer, particulièrement en matière de peinture et surtout de littérature.Le monde de l’ Art. Jusque là et sans partage, y avait régné l’esprit orientaliste. ................

Texte intégral en PDF, page 3

Il y avait eu d’abord Algérie, puis vint le terme Algérien ; ‘‘Algérianisme’ allait maintenant devoir naître.

Le mot apparaît d’ abord sous son dérivé Algérianiste. On le trouve contenu dans le titre d’ un roman paru en 1911 : « Les Algérianistes ». Celui-ci est l’ oeuvre de l’ Algérois Robert ARNAUD. Robert RANDAU en littérature. Il est né sur cette terre en 1873, d’une famille déjà bien implantée.

Il est à noter que ce roman s’ouvre par une préface révélatrice signée de Marius ARY-LEBLOND. Celui-ci dit d’emblée de cette œuvre : « C’est le premier essai de la constitution d’une mentalité algérienne, consciente de sa composition, volontaire, et raffinée ». Cette phrase pouvant être vue comme une première réponse à cette interrogation identitaire soudain devenue d’actualité : « En quoi l’Algérien diffère t-il de l’Européen ? ».

Robert RANDAU va se lier d’une amitié profonde avec Jean POMIER. Celui-ci, né à Toulouse en 1886, sera de fait le véritable père du terme ‘‘Algérianisme’’. C’est lui qui fonde en 1921 « L’Association des Ecrivains algériens » ainsi que la Revue littéraire « Afrique ». C’est surtout en 1921 que l’Algérianisme va être défini et formulé par Robert RANDAU lui-même, dans sa vigoureuse préface écrite pour une « Anthologie de treize poètes africains » (Il convient d’entendre « algériens »). Cette préface prit d’emblée l’allure et le ton d’un véritable Manifeste.

Cette naissance de l’Algérianisme officiel demanda encore quelques années, aidée en cela par la progressive « constitution d’une mentalité algérienne ». Ce besoin identitaire s’étoffant, après « Les Colons » paru en 1907 et « Les Algérianistes » en 1911, par « Cassard le Berbère » paru en 1926 et « Diko, frère de la côte » en 1929. Ces quatre romans furent très vite ressentis et perçus comme « Romans de la patrie algérienne ».

........Cette moderne personnalité artistique devant être entendue non comme une école au sens strict, mais comme une force libre. Force libre soutenue et nourrie par ces hommes et ces femmes d’Algérie, présentant la caractéristique commune d’être des ‘‘Energiques’’. Hommes et femmes se refusant à souscrire au pittoresque orientaliste, rejetant le ‘‘régionalisme littéraire’’, et fondant sur leur sol natal une esthétique globale et nouvelle qui rende compte de l’originalité algérienne.

De cette Algérie future d’où, en visionnaires, ils voient surgir un futur « Peuple franco-berbère » ; étayant leurs espoirs par l’évolution des autochtones musulmans vers un idéal de moins en moins théocratique.Pour RANDAU et ses amis, ce futur Peuple franco-berbère « sera de langue et de civilisation françaises ». Il sera à la France ce que le Canada est à l’Angleterre. A l’époque, celui-ci est un ‘‘Dominion’’ au sein de la Couronne britannique.

Alger, à cette époque, bouillonnait d’esprit et d’initiatives artistiques. Outre Robert RANDAU et Jean POMIER, le mouvement littéraire algérianiste compta dans sa mouvance de nombreux écrivains. Louis LECOQ, né à Alger en 1885 ; Charles HAGEL, également né en Algérie en 1882. L’incontestable talent de Louis LECOQ le fit connaître rapidement des milieux littéraires parisiens. Il mourut très prématurément en 1932 à l’âge de 47 ans. Charles HAGEL lui-même décéda à 56 ans en 1938. Ces deux disparitions firent grandement défaut, non seulement à l’algérianisme, mais à l’ensemble de la littérature française.

A leurs côtés, nous trouvons les noms de Paul ACHARD, Charles COURTIN et René JANON .

Peut-on parler pour autant d’une « Ecole d’Alger » ? Cela est peu sûr. Le second conflit mondial y exerça ses ravages et son rôle d’accélérateur de destins. LECOQ et HAGEL disparus, POMIER commençait de vieillir, tandis que RANDAU avait atteint un grand âge, et Louis BERTRAND s’éteignait à son tour loin des préoccupations algériennes.


Déjà Albert CAMUS et Emmanuel ROBLES ainsi que quelques autres étaient pris dans les vertiges parisiens de l’après-guerre. CAMUS ne cesserait ensuite ses réguliers retours au pays, avec toujours autant d’amour pour cette terre et les peuples qui avaient ensemble à y vivre. Comme il devait le dire lui-même à Stockholm en recevant son prix Nobel « C’est un Français d’Algérie que vous couronnez ».

Son livre le plus profondément ‘‘algérianiste’’ restant sans conteste son dernier manuscrit, « Le Premier Homme », œuvre posthume, fut publié en effet trente-quatre ans après sa disparition. Autre œuvre tardive, mais totalement pénétré de l’esprit algérianiste, « Cette haine qui ressemble à l’amour », du grand Jean BRUNE publiée en 1961.

Puis vint la grande tourmente de 1962. Jean POMIER est mort, à la fois chez lui dans sa ville natale de Toulouse, et en exil loin de cette Algérie qui l’a fait fondateur de l’Algérianisme. Ce mouvement était-il disparu avec ses créateurs et les espoirs des Français d’Algérie ? N’était-ce pas un défi que d’imaginer une culture et une esthétique du destin se perpétuant coupées du terroir qui leur a donné naissance ?

..............Dynamisme qui devait survivre aux cendres de l’exil et fit le voyage dans chacune des valises de ceux qu’on nomma à tort ‘‘Rapatriés’’.

Mais il fallut pour cela un certain nombre d’années. ......Puis vint 1973.

Toulouse vit alors la rencontre providentielle entre l’un des hommes-clef du mouvement algérianiste des années 20, et un groupe d’étudiants originaires d’Algérie. C’est ainsi que Jean POMIER investit Maurice CALMEIN de l’immense tâche de ressusciter les idéaux disparus de l’autre côté de la mer, et de renouer avec l’âge d’or de l’Algérianisme. Tout en l’adaptant inévitablement aux nouvelles conditions imposés par l’Histoire. C’était cinquante deux années après sa fondation officielle à Alger, et peu de temps avant la mort de Jean POMIER. Celui-ci transmettant le flambeau avant de disparaître.

.....................Bien sûr, cela ne s’organisa pas en un jour. Il fallut surtout réussir cette véritable quadrature du Cercle (Algérianiste) : convaincre la nouvelle communauté des ex-Français d’Algérie qu’ils étaient désormais des « Provinciaux sans Province ». Et qu’ils ne pouvaient qu’être honorés par le passé de leurs pères. Passé qu’il fallait laver de l’outrage..................

Le terroir disparu allait reprendre vie, la Culture restant indissociable de l’Histoire. Aujourd’hui, avec près de dix mille membres et beaucoup de dynamisme, le Cercle algérianiste a réadapté les buts de ses premiers fondateurs, aux réalités d’un continent où ses valeurs sont plus que jamais d’actualité.

Ecrit par Gérard ROSENZWEIG
( sur l’ossature d’un texte initial de Pierre DIMECH)
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Algérianisme

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